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Tant que la mer étreindra les cieux

Le dépistage, comment ça marche ?

Enregistré dans : Ecrits, Blog — Domi at 12:37 pm on Lundi, mai 17, 2010

On nous rabâche à longueur d’année les façons de se protéger du sida, des structures d’accompagnement amicales, associatives ou hospitalières accueillent et épaulent les malades. Nous savons comment agir avant et comment réagir après. Mais, à moins que cela m’ait échappé, je n’ai jamais lu de témoignage relatant le déroulement d’un test de dépistage, pourtant je crois qu’expliquer comment la chose se passe physiquement et psychologiquement concourrait à encourager ceux qui n’osent pas, ceux qui le redoutent à faire ce premier pas vers cette réalité qui circule éventuellement dans leurs veines. La fuir est le plus sûr moyen de s’y enfoncer et, pire encore, d’y entraîner d’autres avec soi. Voici mon expérience, puisse-t-elle en inciter d’autres à vaincre leur peur de savoir.

Il y a quelques années de cela, après des semaines de tergiversations, je résolu de m’y soumettre. Véritable boule d’angoisse j’arrivais donc à l’Hôtel-Dieu de Lyon. Après une courte attente, une femme souriante d’une quarante-cinquaine d’années m’introduisit dans une petite pièce claire et tranquille. Moi je m’attendais à être perforée à la chaîne par une infirmière ni moins ni plus aimable que la moyenne et voilà-t’y pas que l’on m’invitait à m’asseoir pour un entretient préliminaire ! Sans indiscrétion, sans qu’affleurât jamais le moindre jugement, cette interlocutrice rassurante, apaisante, chercha à dédramatiser, à désentortiller les processus d’auto-dramatisation de ma situation, à démonter tout ce qui s’agglutinait à un incident possiblement porteur d’un risque, à faire un point objectif des craintes à avoir.  Voilà quelques bribes de notre conversation parmi celles qui me rassérénèrent, qui m’éclairèrent le plus. Elle me parla de deuil pas fait, de charge affective, “il faut faire ce test, ne serait-ce que pour évacuer l’angoisse”, “Non, je ne dirais jamais à quelqu’un que c’est ridicule”, etc. Après quoi seulement elle procéda à la prise de sang, me donna un numéro d’ordre et je sortis de l’hôpital pourvue d’une brochure sur… l’hépatite B!

Désorientée, j’entrai à la Fnac, chercher en la Kulture mon refuge habituel, las ! Au dehors les hirondelles s’enivraient de ciel bleu et d’été, rue de la Ré  je rencontrai par hasard un autre Djiste mais j’oscillai sans cesse entre le soulagement procuré par le dialogue avec cette femme très fine et l’effroi attisé par mes affreux démons intérieurs. Pourtant, au fil des heures, l’angoisse changea de nature, elle devint plus raisonnée, moins oppressante, du fait sans doute de l’avoir verbalisée, déversée dans une oreille attentive, voire de la partager avec quelqu’un d’inconnu, hors du cercle d’amis (dont des médecins) à qui j’aurai pu m’en ouvrir : si je l’ai pas fait je pense que la crainte de me faire moquer de moi ou de me faire mal juger y est pour beaucoup, à mon grand tort.

Grâce à la Déesse, la semaine d’attente nécessaire au test coïncida heureusement avec une surcharge inattendue d’activité bénévole. Mais que n’aurais-je point donné pour que “la fuite utile des jours” accélérât sa course en un geste auguste en ma faveur !

Au jour dit, je me présentai à l’hôpital une bonne demi-heure avant l’ouverture des portes pour être sûre de passer la première, accumulant du coup une dose d’angoisse dont je ne me serais jamais crue capable, moi, la grande spécialiste de la chose ! Enfin une jeune femme médecin me reçut. “Il est négatif ” Aaaaaahhhhh, ouuuuffff !!! Mais curieusement cette musique céleste n’effaça pas toute mon angoisse sur-le-champ. La jeune doctoresse analysa très bien le phénomène puisque, après que je lui eu narré mon histoire elle ajouta “Vous voilà délivrée… biologiquement ! Maintenant les choses vont se débloquer, vous allez enfin pouvoir les évacuer tranquillement, doucement…”, “Vous avez bien agit en faisant ce test, il pouvait effectivement y avoir un risque”.

Rassurée, tout de même, je lui demandai à quelles vaccinations réputées obligatoires je devais préparer mon épiderme, ça allait de l’hépatite B au tétanos en passant par la polio. Alors, mes chers lecteurs, en espérant un futur vaccin contre le sida, vérifiez la validité de vos autres vaccinations, que mes frayeurs servent au moins à vous éviter de trépasser sottement de quelque chose de soignable.