En avant !
Noël est l’occasion de nous plonger dans l’Évangile de Jean au chapitre 9.
Un homme naît aveugle sans que ses parents ou lui aient péché mais afin que l’œuvre de Dieu soit manifestée en lui : pour moi il symbolise le long voyage que nous devons accomplir pour comprendre et parfaire notre condition humaine sans nous croire pour autant pénalisés par je ne sais quel péché originel transmis par nos ancêtres.
La Bible nous raconte comment Dieu créa l’être humain avec de la glaise et Jésus guérit l’aveugle avec de la boue : pour cet homme il s’agit d’une d’une nouvelle naissance, d’une re-création. La gadoue est quelque chose de sale, de bas : l’auteur de l’évangile de Jean veut nous faire comprendre qu’avant de viser la lumière la plus splendide il nous faut d’abord accepter et reconnaître nos ténèbres, notre impuissance, notre nudité puis comprendre que de nombreux palliers plus ou moins délectables nous attendent au cours de notre vie et qu’ils ne nous mèneront pas forcément à l’illumination suprême que nous espérons mais qu’ils sont nécéssaires à notre parcours et que nous n’avons pas le choix, il nous faut les gravir tandis que, peut-être, là-haut, notre grand soleil se pare d’éclats changeants eux aussi au fur et à mesure de notre progression.
Jésus envoie l’aveugle se laver à la piscine pour ôter cette carapace qui l’empêche de voir, pour effectuer une sorte de mue comme un papillon ou un homard. Il nous faut agir et vouloir progresser activement dans notre marche vers la sortie de nos brumes : nous nous transformerons alors profondément, nous deviendrons méconnaissables aux yeux des autres, pourtant appelés eux aussi à cette métamorphose jamais finie, toujours recommencée. Un homard mue une vingtaine fois…
Avançons sans crainte du regard ou du jugement des autres qui peuvent ne pas comprendre certaines étapes de notre cheminement. Ce parcours est le nôtre, pas le leur…
A travers les réactions des pharisiens ce texte nous incite à ne plus trouver de mauvais prétextes pour entreprendre et pour aider ceux qui marchent à nos côtés.
Ce passage n’est pas non plus une invitation à transgresser allégrement des règles et des lois plus ou moins connues et assimilées par notre faculté d’obéissance toujours prompte à regimber. Comprenons les raisons de la loi et imprégnons nous en avant de prétendre les dépasser. L’observance des règles ne doit jamais être une habitude, presque un tic ou un t.o.c. mais doit reposer sur quelque chose, sur une raison plus forte que ce qui nous pousserait à la transgression : toutes les semaines Jésus respecte la loi du sabbat mais il n’y a rien de plus haut que d’aider son prochain.
Excerçons, éduquons notre libre arbitre dont on me serine que Dieu, tellement plein d’amour pour ses créatures bizarres, nous l’a laissé et que si nous nous conduisons en galopins ou que nous accomplissons des monstruosités qui me font hurler intérieurement “Arrêtez la planète, je veux descendre !!!” c’est parce dans notre immaturité nous perdons le sens du bien et du mal.
Ce texte est aussi un appel à surmonter notre propre orgueil et à nous reconnaître parfois moins avancés, moins sages, moins mûrs que les autres : les pharisiens mettent en doute la cécité de celui qui, à présent, voit mieux qu’eux. Il faut cesser de les considérer comme des rivaux mais les voir, nous voir tous, comme de petits lumignons qui s’éclairent et s’éteignent et se rallument tour à tour sur la longue route que notre humanité doit parcourir.