Chez les Grecques (1).
23 Septembre 2006.

“Mesdames et Messieurs, votre attention, s’il vous plaît ! Nous allons attérir à Athènes…” Je regarde par le hublot en écarquillant les yeux, je vois la campagne et quelques habitations, on descend, encore la cambrousse, on continue à descendre… Mais c’est où Athènes ? Je veux voir le Parthénon d’en haut, comme la dernière fois que j’y suis venue, il y a 20 ans !! Je me prépare depuis quinze jours au moins au choc psychologique de mes retrouvailles avec le Temple d’Athéna et à l’effusion lacrymale va s’ensuivre, alors… Ben non, nous touchons terre à Spata, au nouvel aéroport Elefthérios Vénizélos, je suis terriblement frustrée… Je me console en me disant que la pluie qui tombe figure les larmes d’émotion des Dieux en me revoyant dans leur patrie.
Tant pis pour le Temple des Vierges, la sortie est là, mes yeux se régalent de l’ΕΞΟΔΟΣ grec et négligent l’EXIT latin : l’avantage des couloirs interminables même avec tapis roulants c’est que j’ai le temps de savourer le bonheur absolu de mon retour chez les Hellènes en déchiffrant les inscriptions et en écoutant les gens parler, j’en avais envie depuis si longtemps !!
A bord d’un magnifique bus fuschia nous traversons la banlieue et nous empruntons de larges artères pour gagner notre hôtel au pied du Mont Lycabette, le point le plus élevé de la ville qui culmine à 277 mètres et où se trouve l’église Saint-Georges bâtie au 19ème siècle :

Je me gave de tout ce que je vois : la Grèce est en période pré-électorale, des travaux partout compliquent la circulation car les municipalités en place s’occupent de leur circonscription, la preuve, qu’alliez-vous croire, bonnes gens ? On se soucie de votre bien-être, nous !! “Les séjours de deux semaines descendent, les séjours d’une semaine restent dans le bus !” Sitôt ma valise déposée dans ma chambre, je prends un plan de la ville et je parts en expédition.
J’emprunte la rue Michalakopoulou, j’examine l’étal des kiosques rencontrés

où l’on trouve de tout, des cartes-postales, des tickets de métro, des journaux, des confiseries variées, des glaces, des préservatifs, des lunettes de soleil, du shampoing, des livres, des komboloïs, ces chapelets que les gens égrennent pour passer le temps, des cierges, des pellicules photographiques, des boissons diverses et bien d’autres choses encore. Dans le centre d’Athènes, il y en a pratiquement un tous les cinquante mètres et, du fait de la concurence, ils se spécialisent dans un domaine. Ils ferment tard dans la soirée et sont tenus à tour de rôle par toute la famille. A Athènes, fais comme les Athèniens alors je ne me gène pas pour lire les gros titres des journaux et des magazines qui parlent essentiellement de politique et de foot !
Je rejoins l’avenue de la Reine Sofia pour parvenir au Jardin National, des prospectus électoraux agonisent sur les trottoirs mais en revanche, on y trouve aucune m*rd* de chien : les grecs ont encore du savoir-vivre, eux ! Je réalise aussi que, contrairement à mes séjours précédents où j’étouffais et où il me fallait un temps d’adaptation, là, je peux respirer à Athènes, la pollution est beaucoup moins forte, peut-être un effet des infrastructures des Jeux Olympiques de 2004… Je sais que j’arrive place Syntagma en reconnaissant les immeubles qui la bordent

et la nostalgie me fond dessus comme une abeille vers le nectar d’une fleur. Je marche sur la plus fréquentée des places d’Athènes, celle du Parlement, des évzones

de la Tombe du Soldat Inconnu, des touristes, du métro, un lieu de rendez-vous cher à mon cœur… Je la traverse et, comme ma faim proteste d’autant plus que j’essaie de l’ignorer en croisant des grignoteurs d’épis de maïs grillés, j’achète un sandwich, me voilà donc à parler grec depuis… tout ça ! “Καλημέρα ! Θέλω ένα (Euh… Comment dit-on ” sandwich”, en grec ???) στο ζαμπόν, σας παρακαλώ”. Je décide de me perdre au pif dans Plaka pour appercevoir l’Acropole : des bâches en plastique couvrent les étals à touristes à cause de la pluie et je me rends compte que je commence à prendre l’eau, pas grave ! A force de tourner et de monter, ça y est, au bout d’une rue je vois la colline sacrée, youpiieee !! Bon, je visiterai le site demain avec un guide donc je peux passer à ce que notre programme ne comprend pas l’âme en paix. Je plonge dans mon plan et je me débrouille pour rejoindre Monastiraki d’où part la rue Athinas, avec ses boutiques, son marché central avec les bouchers (âmes sensibles s’abstenir !), ses cafés, ses cinémas et sa faune grouillante se hâtant vers des activités plus ou moins avouables. Je me retrouve à Omonia, l’autre grande place d’Athènes mais sans evzones et un chouilla moins de touristes.
Les magazins ferment déjà, quelle heure peut-il être ? Il me faut déjà rallier mon hôtel alors que je continuerai bien mon pellerinage du côté du Pirée en prenant le métro. J’arpente la rue du Stade avec mes pieds qui commencent à protester, déçue de ne pas dénicher de disquaire avec son lot de trésors introuvables en France, je rejoins Syntagma, l’avenue de la Reine Sophia juste quand les cieux ouvrent grands leurs vannes, il pleut à torrent, une chanson de Nana Mouskouri s’immice dans mon cerveau : “Βρέχει στην φτοχώ γείτονια, βρέχει και στην καρδιά μου…” (”Il pleut sur le quartier pauvre, il pleut aussi dans mon cœur…”
J’arrive à l’hôtel trempée comme une soupe, les pieds en capilotade mais ravie de mon périple…
Je prends un long bain brûlant et je m’affale dans un des fauteuil du hall en attendant de faire connaissance avec ceux qu’ils me faudra supporter quinze jours : mes compagnons de voyage et notre guide. Moi qui était heureuse d’entendre parler grec, v’là t’y pas que je guette des mots français… Un couple dans la soixantaine s’installe en face moi, on bavarde, ils sont plutôt sympas. Je vois une petite femme rousse en jeans à l’air énergique refermer son parapluie, scruter autour d’elle, s’adresser à la réception, se tourner vers un groupe que je n’avais pas vu qui cause le Molière courant. Bon, ben, les v’là, y a plus qu’à croiser les doigts…
Eva, notre guide, nous conduit au restaurant, nous nous installons et elle nous donne les grandes lignes de notre aventure, nous dit que nous sommes très courageux d’entreprendre ce voyage (elle espère peut-être que quelques-uns font fuir, allez savoir ?), qu’elle fera tout pour que ça se passe bien et patati et patata… Elle nous détaille notre menu, nous dit que nous devons goûter à tout mais que avons le droit de ne pas tout manger, nous présente l’ouzo, la boisson nationale grecque à l’anis. Dans le brouhaha des conversations en plusieurs langues, je ne comprends plus ce dont on parle, il faudra que je leur présente ma compagne la surdité… De toutes façons, le lever ce matin aux aurores plus la balade dans Athènes commencent à peser lourd, je veux mon lit. Dés que le militaire à la retraite et sa moitié s’éclipsent, j’en fait autant et je m’endors comme un bébé en sachant qu’on me réveillera par téléphone le lendemain matin, pratique !