Défense et illustration de l’inculture.
Je ne suis pas un puits de science et de sagesse, bien au contraire : je n’ai acquis qu’une minuscule partie des connaissances humaines et, m’escrimerai-je jusqu’à mon dernier souffle, j’ignorerai toujours bien davantage de choses que j’en apprendrai. Cette érudition s’avérera bien vite caduque le savoir humain progressant très vite. N’empêche, je voudrai parfois pouvoir me délester de ma modeste culture afin, lors d’un nouvel apprentissage, d’y découvrir des arômes et des sucs négligés.
Pour commenter la Bible, il faut des références, il faut connaître ce que les grands exégètes en dirent paraît-il ! Moi il me semble qu’au contraire, moins on possède de réminiscences livresques pour s’interposer entre la substantifique moelle de tel passage biblique et ce que nous soufflent notre sensibilité, notre vécu et notre bon sens et mieux on s’en portera. Aborder ces textes l’esprit vide de ce qu’en pensèrent Machin, saint Igrec et son son pote Bidule permet à tel extrait de nous atteindre dans toute sa fraîcheur, dans toute sa primeur. L’excès de jalons bibliographiques scléroserait, bloquerait notre propre travail de réflexion, commençons donc par nous en affranchir ! Nous pourrons alors vraiment dire : “Voilà, aujourd’hui, à ce moment de ma vie, ce passage me parle de telle façon, il m’inspire telle réflexion, voilà comment je le comprends”. Non que les écrits de leurs commentateurs ne puissent nous être profitables mais où serait la réflexion commune si nous n’utilisions tel extrait de Machin que pour surenchérir et pour contrer tel extrait d’Untel au lieu de les utiliser tout au plus pour nous aiguiller dans notre analyse ? Ne craignons pas de débroussailler guillerettement des voies insolites pour ouvrir nos propres perspectives quitte à passer pour iconoclastes, cela ne nous conduira plus au bûcher : griller de l’hérétique n’amuse plus personne à notre époque tristounette ! Que les illustres penseurs qui déduisirent de fort justes et doctes choses des textes bibliques ne constituent jamais que la garniture du plat de résistance élaboré par notre propre matière grise. Il s’agit pour nous de réfléchir sur tel passage et non d’en entreprendre une étude exégétique approfondie, ne nous trompons pas d’objectif !
Souvenons-nous aussi que Trucmuche, saint Zède et les autres ont souvent commenté ces livres et édicté ce qu’il convenait d’en penser de façon orientée pour justifier leurs névroses diverses, leur mal-être et leurs contradictions d’abord à leurs propres yeux et puis à ceux des autres. Parmi eux un bon nombre vécurent dans des siècles d’obscurantisme où les sciences de tous ordres étaient… aux ordres (Galilée, prie pour eux !).
Dans son infinie bonté la Grande Déesse nous gratifia d’une cervelle en état de marche : en quoi serions-nous moins aptes que nos aînés à nous élever petit à petit sur les sommets abrupts de la réflexion théologique, ésotérique et philosophique ? Laisser les exégètes au vestiaire c’est s’affirmer capables de penser sans tuteur, sans se laisser assujettir par la pensée d’autrui. Avons-nous à ce point besoin d’un modèle, d’un moule où lover notre manque d’assurance, notre vertige devant la liberté ?